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Vous avez dit adoption ?

Mis à jour : 11 oct 2019


« Est-ce que la science, en expliquant les couchers de soleil, tue leur magie ? » Hubert Reeves


Au moment où une partie de la presse internationale présente comme un nouveau miracle la description pourtant scientifique du cas étudié par notre doctorante, Pamela Carzon, on ne peut éviter de se demander si finalement le besoin de merveilleux ne passe pas chez beaucoup de gens avant celui de s’informer, au point même de décourager toute tentative de le faire.


Un thème à la mode est par exemple celui du grand cachalot, qui possède le plus gros cerveau du monde vivant. Est-ce suffisant pour en déduire qu’il est l’animal le plus intelligent de la planète ?

Au 18 et 19ème siècles, et même jusqu’au début du 20ème siècle, certains ont appliqué ce raisonnement à notre espèce, pesant et mesurant frénétiquement tout cerveau ou crâne passant à leur portée en espérant, plus ou moins consciemment, que le blanc de préférence occidental, hétérosexuel, mâle, bien nourri et chrétien, en aurait un plus gros que les autres. Mais quand quelques esprits parmi les plus brillants de l’époque se révélèrent possesseurs de cerveaux d’une taille modeste, cette branche de l’anthropologie choisit prudemment et avec raison de la mettre en veilleuse.


Un autre thème qui se démocratise en attendant que fantômes, anges, elfes et fées reviennent peupler nos ruines, grottes, bois et jardins sombres est celui de l’empathie. Oh combien médiatique et populaire sont l’adoption du cabri ou de la jeune antilope par un loup ou un lion qui, venant de se goinfrer de sa mère, préfère garder le jeune pour le goûter. Non, répétons-le, le chat ne joue généralement pas avec la souris parce que c’est sa copine et le dauphin, cet « alter ego de l’humain » qui « adopte » le petit d’une autre espèce ne fait généralement que jouer avec un bébé animal qu’il a kidnappé et qu’il va laisser mourir de faim après usage ! Et même s’il y a des exceptions, celles-ci cachent toujours des vérités fort éloignées du monde en lequel nous croyons.


Il y a beaucoup de chances pour que notre espèce soit la seule sur cette planète à être dotée d’un langage symbolique assez élaboré pour lui permettre de bidouiller des concepts qui n'existent a priori que dans nos têtes. Ce qui n'est pas le cas de la chouette, par exemple, dotée en revanche d’ailes silencieuses, d’une vision nocturne giratoire, d’un bec et de serres puissantes qui l’ont amenés au même moment de l'évolution que nous. Certes la chouette peut avoir du mal avec les théories mathématiques ou une quelconque empathie mais je voudrais vous y voir, vous, à essayer de voleter en agitant les bras entre les arbres d'une forêt la nuit ou à vous tordre le coup à 180° pour tenter de repérer votre prochain repas... Nos concepts nous appartiennent mais pas l’étrangeté de l’autre.


C'est ce que nous aident généralement à comprendre une science objective et indépendante. Mais qui expliquera pourquoi certaines personnes ont tant de mal à aimer et à respecter ce qu'ils ont la possibilité de mieux comprendre ?