Triste tourisme : une nouvelle espèce invasive à l'assaut de la biodiversité polynésienne



« À l’échelle du tourisme de masse, l’apprivoisement des animaux libres constitue une démarche quasi-consciente pour en finir avec le sauvage. »


Depuis 2018, l'approche des mammifères marins est interdite dans et autour des passes des lagons polynésiens (Art. A. 2213-1-4 du Code de l'Environnement – « La recherche et l'approche aux fins d'observation, ou pour la prise de vue ou de son des baleines et autres mammifères marins, sont interdites à toute personne quel que soit le mode de transport utilisé dans les lagons, les baies, les passes et dans un rayon de 1 kilomètre centré sur l'axe de la passe »).


À Rangiroa, où non seulement le plus gros centre de plongée s'apprête à louer des jetskis et des aquascooters à proximité de la passe de Tiputa et de ses grands dauphins mais où une partie des moniteurs de plongée passe également son temps à enseigner à leurs clients comment toucher ces animaux (et l'autre partie à les toucher), personne n’en a visiblement jamais entendu parler.

Les dauphins et autres mammifères marins ne sont d'ailleurs pas les seuls à être victimes d’une Disneylisation du monde sauvage en Polynésie : selon un rapport édifiant remis au Ministère du Tourisme local en 2016 et resté confidential depuis, requins, raies, murènes et autres gros poissons sont de plus en plus utilisés pour l’amusement des foules solvables au fenua. Ces animaux, généralement plus timides que les dauphins de Rangiroa, doivent faire l’objet d’un nourrissage régulier (dans la plupart des cas au mépris de la réglementation) pour obtenir leur présence et leur coopération. Le cas de la « Vallée Blanche », à Tahiti, est bien connu pour son feeding de requins tigre et les moniteurs de plongée répondent aux interrogations concernant la légitimité de ces pratiques en invoquant une mystérieuse « autorisation exceptionnelle ». Mais Moorea, Bora Bora, Rangiroa et quasiment toutes les autres îles touristiques semblent alors être des exceptions…


Finalement, le pompon revient à la passe sud de Fakarava où, en pleine Réserve de Biosphère, des frénésies alimentaires de requins gris sont régulièrement organisées par les plongeurs qui, en désorientant les poissons à l’aide de leurs phares la nuit, les désignent du même coup aux requins. Un spectacle digne d’un cirque romain, qui entre en contradiction avec les principes de l'écotourisme sensé éduquer à l’environnement en respectant la nature et les populations locales, et aux déclarations enflammées du Ministère du Tourisme qui proclame le développement d’un « écotourisme d’exception » en Polynésie…


Alors, véritable tourisme écologique ou nouvelle manne économique assimilable au fameux green washing observé un peu partout dans le monde ?


Rappelons enfin que ces comportements n’ont pas que des supporters puisqu'une pétition demandant l’arrêt des plongées de nuit et réunissant 300 signatures sur les 800 habitants de l’atoll de Fakarava, a récemment été remise au gouvernement local. À suivre…

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