Relance des projets d'exploitation des nodules polymétalliques en Polynésie...



Depuis 2012 et une première étude de synthèse menée sur la question, la Polynésie s’est penchée à plusieurs reprises sur le potentiel minier des grands fonds de sa ZEE. L’expertise menée en 2016 par l’IRD a confirmé les teneurs en métaux (cobalt, nickel, manganèse, titane, platine, etc.) des nodules polynésiens mais noté une connaissance très insuffisante et beaucoup trop fragmentaire des gisements pour en tirer des conclusions sur un éventuel potentiel minier. Qu’à cela ne tienne, ont conclu récemment nos dirigeants : « […] il s’avère en conséquence indispensable de réaliser des campagnes exploratoires qui nécessitent le développement de technologies adaptées pour ces grands fonds marins ». Autrement dit, pour eux, le seul problème existant est celui de l’investissement lié aux problèmes techniques. À aucun moment ne sont évoquées les observations sur la biodiversité profonde de deux campagnes de l’Ifremer (BIONOD, 2004, 2012) dans le Pacifique Sud.


Il y est prouvé que non seulement les zones les plus riches en nodules sont aussi les plus riches en vie abyssale mais qu’elles sont un habitat à elles seules : dans les zones denses en nodules, les scientifiques ont pu compter jusqu’à 1 000 espèces d’invertébrés sur une surface de feuille A4 ! En fait, les résultats de ces campagnes ont démontré que les centres de densité des champs de nodules sont comparables à des oasis extrêmement fragiles. Une vie très stable et peu résiliante s’y épanouit à condition qu’on la laisse en paix : BIONOD a fait le constat qu’une zone labourée artificiellement n’avait montré aucun signe de reconstitution d’habitat 37 ans après son exploitation ! Or les bulldozers et aspirateurs géants nécessaires à l’exploitation nodulaire laboureraient le fond marin et produiraient un panache de sédiments qui étoufferait toute forme de vie alentour pour une durée indéterminée.


Si, de plus, ces zones jouent un rôle pour le maintien des espèces abyssales telles que les calamars, on peut à juste titre craindre une famine océanique en bout de processus. Avec les effets que l’on imagine sur les populations humaines riveraines, dont bien sûr les Polynésiens.


Sous la plage : la bombe nodulaire !


Pire encore, avec les nodules la Polynésie construit sa bombe. Le plus grand puits à carbone de notre planète est l’océan, qui stocke le C02 dans ses grands fonds. En ces temps de réchauffement climatique, bouleverser ces espaces fragiles pourrait revenir à jouer notre avenir à tous à la roulette russe! Espérons que les leçons d’une histoire pas si lointaine ont été prises par la population polynésienne et qu’elle saura se montrer plus sage que ses représentants actuels.

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