Quelle alternative à un retour au tourisme de consommation dans les petites îles du Pacifique sud ?

Mis à jour : août 10


Avant le le covid 19, la principale source de devises des petites îles du Pacifique s’appelait le tourisme. Bleu, vert, de luxe, matrimonial, nature et que sais-je encore. Et demain, n’en doutons pas, il changera peut-être encore de nom mais nos timonier vont continuer à nous les faire vendre ces cartes postales si bleues, si vertes, si finalement destinées à rassurer le chaland sur l’état de ses relations avec la planète. Alors que la vie sauvage que nous voisinons, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les paysages que nous habitons sont en perdition, nous allons continuer à faire ce que nous savons si bien faire : ne nous poser aucune question sur notre rapport au monde.

Evidemment, va répondre le touriste, qui considère qu’il lui suffit d’avoir payé pour que l’espèce animale, l’éruption volcanique, la gentillesse de l’autochtone ou le coucher de soleil promis fassent leur office. Mais quand on voit ces listes programmées, où l’on coche fébrilement l’espèce ou la chose promise, on est en droit de craindre sérieusement le moment inévitable de la photo, de la vague, du requin, du touching de trop.

Evidemment, va répondre le chef d’entreprise avec ses objectifs de rentabilité à court terme, de maîtrise et de management, quitte à transformer la planète en parc d’attraction et à mettre en cage les derniers êtres encore libres et vivants qui l’habitent.

Évidemment, va répondre Homo politicus avec ses objectifs de rentabilité à court terme, de maîtrise et de management. « Les animaux pratiquent de même, qui s’approprient un territoire en pissant à ses limites, pourquoi pas nous ? », argumenteront-ils avec leur langue de bois habituelle.

On voit bien là que le développement économique et développement civilisationnel n'occupent pas le même espace-temps. En terme civilisationnel, la vraie urgence serait de remplacer ces pathologiques ruées vers des mondes meilleurs que nous nommons tourisme par un mieux vivre et parcourir celui que nous habitons.

L’idéologie économiste, en asseyant sa légitimité sur le mythe d'une «exception naturelle », censée lui autoriser l'appropriation du monde (domestiquer, extraire, transformer, sélectionner, manipuler, produire, consommer, planifier) a permis d'orienter le savoir vers la domination des hommes et de la nature, avec, à la clef, la crise du vivant qui s’annonce. Si l’on en croit la tendance, notre survie devrait de moins en moins dépendre de cette logique et de plus en plus de l’énergie que nous allons consacrer à scruter et à prendre soin des équilibres écosystémiques dont nous dépendons directement.

Evaluer le vivant, c’est ce que font naturellement depuis toujours chaques habitants de cette planète.

Pour cela, jamais rien, ni programme scientifique ( souvent financés par des lobbies industriels centrés sur leur profit immédiat), ni planication politique n’égaleront ou ne remplaceront la veille de ceux d’entre nous qui parcourent le monde, ou simplement leur région, le bois voisin ou leur jardin pour regarder, écouter, sentir et négocier avec la société des vivants (ces autres percevant, agissant, relationnant avec nous). Mais bien sûr, une fois qu'on a dit ça on a rien dit. Sauf qu'il se pourrait bien que, sous la pression d'un minuscule virus, les technologies du transport évoluent vers des voyages plus lents, des aéronefs plus propres et l'utilisation d'énergies renouvelables. Ce qui à terme pourrait régénérer une forme de circulation des personnes remplaçant avantageusement le tourisme de consommation, si dommageable à l'intégrité et à la diversité des communautés animales et humaines autonomes. Car pour finir, nous ne devons pas oublier que recevoir le voyageur, celui qui vient à notre rencontre ou à celle de notre monde pour mieux comprendre et échanger, est notre respiration et la garantie de notre appartenance à une planète, une intelligence et une humanité partagées.


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