Devons-nous donner des noms aux dauphins ?



« Humaniser une bête est aussi condamnable que la maltraiter car, dans les deux cas, c’est nier ce qu’elle est. » K.L. Matignon


Quand nous faisons entrer une personne dans notre maison, nous nous inquiétons généralement de son identité. De manière très proche, quand nous faisons entrer un animal dans notre cercle familial (domestique, du latin « domus » = maison, lieu de la famille), nous lui donnons généralement un nom. Et par ce nom nous lui donnons une place dans le cercle : nous le familiarisons. Nous oublions alors ses origines pour lui offrir l’identité qui nous arrange : nous le déconstruisons, le transformons, au propre comme au figuré.


D’une autre manière, quand nous plantons notre fourchette dans ce qu’il reste d’un animal précédemment domestiqué nous ne pratiquons pas autrement, excepté que la déconstruction prend alors une dimension physique. Dans les deux cas l’animal est finalement assimilé, digéré : il n’est plus que l’idée que l’on s’en fait. Et, dans les deux cas, nous lui demandons rarement son avis.


Pour l’animal sauvage, libre et autonome dans son milieu, c’est plus délicat puisqu’en principe sa condition est de justement nous échapper. Mais l’être humain étant ce qu’il est il a besoin de se rassurer, de familiariser, de donner des noms, d’humaniser. C’est notre condition à nous.


Pourtant, définitivement, nous ne sommes pas des dauphins ni les dauphins des humains et ils n’ont pas besoin que nous leur donnions un nom, même si nous avons tellement besoin de leur en donner un. Mais finalement, pourquoi en avons-nous tellement besoin ?


1. Parce que nous pensons les aimer ? Peut-être. Dans ce cas : « Attention, danger de digestion, (ou d'indigestion...) ! ».

2. Parce que nous pensons qu'ils nous aiment ? Nous nous rassurons avec des légendes depuis si longtemps…

3. Parce qu'au fond l‘animal nous doit naturellement un respect lié à notre place au sommet de l’évolution ? Aïe ! Relire Darwin et l'histoire des espèces...


Quoiqu’il en soit nous voilà bien avancés car comment, pour finir, peut-on humaniser sans s’approprier, sans projeter sur l’autre nos frayeurs ou nos fantasmes ?


Voici quelques pistes permettant d’avancer en ce sens :


- Essayer de comprendre le monde de l’autre, cet étrange étranger capable de vivre sans nous.

- Respecter les frontières qui nous séparent et garantissent sa liberté et son intégrité.

- Se désapproprier l’autre, sachant qu’il est plus facile de réunir les humains autour du pillage que du partage…


Donc oui, au GEMM nous donnons des noms aux dauphins (et aussi des n°). Mais nous cherchons surtout à mieux faire connaître les besoins de ces animaux, c’est-à-dire l’importance de respecter pour mieux partager cet espace qui nous sépare et qui nous relie tout à la fois, cette merveilleuse planète que nous habitons à jamais ensemble, pour le meilleur et pour le pire !

  • Le GEMM au quotidien sur FaceBook